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Pour s’instruire sur la nature, les collégiens vont...dans la nature

Plutôt le terrain que la salle de classe ! Pour connaître la nature, les élèves d’un collège de Neuilly-sur-Marne participent au programme « Sauvages de ma rue » et multiplient les découvertes.


Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis), reportage



La bande de pelouse mitée à l’entrée du collège Honoré-de-Balzac de Neuilly-sur-Marne ne paye pas de mine. Mais, ce jeudi après-midi de mars, elle exerce une étrange attraction sur un groupe de sept collégiens accroupis, qui fixent attentivement chaque brin d’herbe à l’aide de loupes miniatures. « Une véronique de Perse ! » s’exclame l’un d’eux après avoir feuilleté un guide de la flore. Sa camarade note scrupuleusement l’observation sur une feuille de papier : nom de la plante, nom de la rue, date et observations diverses.

Élèves de 6e 2 dans l’établissement, ces enfants participent au programme de sciences participatives « Sauvages de ma rue » dans le cadre de leur cours de sciences de la Vie et de la Terre (SVT). Le programme, créé par le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et l’association Tela Botanica, vise à recenser rue après rue, friche après friche, les herbes folles et fleurs sauvages qui s’y agrippent et verdissent bitume et béton. L’objectif est de mieux comprendre comment ces courageuses plantes s’organisent pour survivre en milieu hostile, et reconnaître les services qu’elles rendent aux citadins — tempérer les îlots de chaleur, détoxifier les sols et dépolluer l’air, entre autres.

Pas facile de se plier à l’exercice de l’identification quand son expérience de la biodiversité se limite souvent à un géranium en pot végétant sur le balcon. Pour s’initier, les élèves ont déjà mené quelques inventaires depuis septembre dans la cour de l’établissement. Sabine Beutin, botaniste, animatrice au MNHN et employée par la Fondation 93, leur donne un coup de main. Après avoir exploré une bonne partie de la petite pelouse du collège, elle les entraîne au pied d’un arbre recouvert d’une grille. « Regardez les feuilles, comment sont-elles ? » interroge la naturaliste. Les sourcils froncés, Emma se lance : « Elles sont un peu ovales. » « Oui, et elles sont aussi un peu compliquées, on dit composées, l’aiguille Mme Beutin. Et les fruits sont allongés... Regarde dans ton livre, c’est la cardamine hérissée, une autre Brassicacea à quatre pétales comme la bourse-à-pasteur qu’on a vue tout à l’heure. »

« Des décoctions d’orties, surtout pas de produits chimiques ! »

Des indications précieuses pour Coumba, qui éprouve encore quelques difficultés à se servir du guide de la flore Sauvages de ma rue qu’elle tient entre les mains : « Le plus difficile, c’est quand je n’arrive pas à identifier de quelle famille est la plante, explique-t-elle. Il y en a au moins dix ! » Ilona, elle, mise beaucoup sur sa mémoire. « J’ai appris à reconnaître plusieurs plantes comme la capselle bourse-à-pasteur, qui a des feuilles en forme de cœur, et la luzerne cultivée à cause de sa couleur, énumère la fillette, ravie. Grâce à ces sorties, je me suis rendue compte qu’il pouvait y avoir de très nombreuses plantes dans un tout petit espace. On découvre beaucoup d’espèces sans vraiment se forcer ! »

Pissenlit, oseille crépue, stellaire intermédiaire, becs de grue... Au bout de trois quarts d’heure de sortie, la collégienne aura noté une trentaine d’espèces différentes sur sa fiche. Et même « un polycarpe à quatre feuilles ! » « C’est une plante qui pousse sur les pavés, dans les endroits très piétinés. Faites attention, c’est une plante très rare dans certaines régions, comme en Normandie, où elle est protégée », indique la botaniste.
Un lichen et un point de greffe repérés sur un cerisier du Japon attirent aussi l’attention des élèves. Mais pas autant que la petite coccinelle qui s’est posée sur l’épaule d’Ilona, « tranquille pépère », rigole la fillette. « Ilona, la nature t’aime ! plaisante sa copine. Mais fais gaffe, si tu vois du jaune sur ta veste, c’est qu’elle a fait caca ! »
Au-delà de l’initiation à la botanique et à la recherche scientifique, ces sorties donnent aux enfants l’occasion d’ouvrir les yeux sur la richesse de la biodiversité qui les entoure, y compris en ville. « C’est quoi cette tache marron ? » questionne Dhimem, en pointant une feuille du doigt. « C’est de la rouille, répond Mme Beutin. Il s’agit d’un champignon qui rend la plante malade. Mais on peut la soigner, par exemple grâce à une décoction d’ortie. Surtout pas avec des produits toxiques ! » Pour la botaniste, tel est l’autre enjeu de ces sorties pédagogiques : « On parle d’insectes pollinisateurs, de traitements naturels. L’objectif est de montrer que la nature est un tout et qu’on ne peut pas faire de botanique sans regarder ce qu’il y a autour de la plante et quel est notre impact sur l’environnement. »
 

« On a aussi fait les escargots et les vers de terre »

Emma et Léa sont déjà très sensibles à ces enjeux. « Il ne faut pas polluer la nature parce que c’est là qu’on vit, ce sont les arbres qui nous font respirer, lance Emma. Ce serait bien qu’on arrête un peu toutes ces usines qui polluent... » Léa, elle, « n’aime pas qu’on détruise les arbres des forêts pour fabriquer des feuilles de papier, qu’ensuite on jette à la poubelle. Dans le parc à côté de chez moi, il y avait un arbre très beau. J’ai appris du jour au lendemain qu’ils allaient le couper, cela m’a fait de la peine parce que je l’aimais bien ».

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