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Enseignons à l’école l’empathie pour les animaux !

Philosophes, chercheurs, juristes, vétérinaires et psychologues se mobilisent pour un enseignement de l’éthique animale. Un excellent support pédagogique pour développer la sensibilité de l’élève et le conduire par l’observation au respect de l’autre.


Les enfants expriment souvent une empathie spontanée à l’égard des animaux. Ils reconnaissent chez eux une volonté individuelle, une curiosité et une inquiétude qui leur sont familières. Qu’il s’agisse d’animaux proches ou lointains, expressifs, vulnérables, inventifs, curieux ou affectueux… les enfants se reconnaissent dans leur subjectivité et les voient pour ce qu’ils sont : les sujets d’une vie.

Programmes scolaires : loup y es-tu ?

En France, les animaux en tant qu’individus sont largement absents des programmes de l’enseignement. Ils y demeurent évoqués sous l’angle de l’espèce - comme des illustrations de la classification - rarement pour eux-mêmes. Par ailleurs, les connaissances acquises en éthologie sur les capacités cognitives, les émotions ou la pensée animales restent absentes des manuels de biologie, qui demeurent largement mécanistes et centrés sur la physiologie. Autre occasion manquée : dans leur chapitre sur la protection des animaux, les nouveaux manuels d’éducation morale et civique (EMC) n’envisagent d’accorder de la considération aux animaux qu’au titre de la biodiversité, des écosystèmes et de la conservation des espèces. Echouant à considérer chaque animal comme un patient moral ils demeurent ainsi, sauf exception, sans pertinence éthique. Alimentant la confusion classique entre espèce et individu, cette tendance culmine dans les cours de philosophie. La question animale y est abordée dans une approche historique - par le biais de ce qu’en ont dit les grands auteurs - plutôt que par les travaux les plus récents en philosophie ou en science qui nous renseignent mieux aujourd’hui sur la mémoire, la pensée, le langage ou la conscience chez les animaux. Il en résulte que les débats sont posés en termes binaires périmés (inné/acquis, nature/culture, intelligence/instinct…) et qu’on invite les élèves à disserter sur des questions que la recherche scientifique a souvent rendues obsolètes. Enfin, au travers des sorties au zoo ou au cirque jusqu’aux initiations à la chasse ou à la corrida, le rapport aux animaux dont l’école se fait parfois le relais actif valide des rapports de force et banalise aux yeux des futurs citoyens des relations de domination.

Des exemples qui inspirent

Comment concevoir des démarches éducatives qui permettent de cultiver une ouverture aux autres formes de vie sensible, de développer l’empathie et la considération pour autrui, et d’encourager une qualité d’attention à l’autre s’étendant aux animaux - les plus «autruis» des autruis - selon la fameuse expression de Claude Lévi-Strauss ?
Il est en effet établi que, dans un contexte éducatif, le thème de l’animal est un support pédagogique permettant de développer la sensibilité de l’élève, et de le conduire par l’observation au respect de l’autre, de celui qui est différent. L’expérience que fait l’élève de la condition animale favorise ainsi chez le futur citoyen le sens des responsabilités et de la coopération, le rejet de la violence et aussi des discriminations arbitraires entre humains. En Belgique, par exemple, les cours de philosophie et de citoyenneté sont proposés dans l’enseignement officiel durant toute la scolarité, du primaire au secondaire. Cet enseignement vise à permettre aux élèves d’aboutir «à des prises de position personnelles et responsables» et à développer sur des questions éthiques et des enjeux moraux une réflexion collective. En invitant à «comprendre et protéger la vie» et à «épargner la souffrance aux animaux» en adoptant une attitude respectueuse «de leur vie et de leur bien-être», plusieurs chapitres du programme ouvrent des perspectives pour s’interroger sur le statut moral des animaux. En outre, le manuel pour le secondaire soulève cette question dans un chapitre entier, intitulé précisément : Les animaux ont-ils des droits ?
A travers différents thèmes adaptés à l’âge des élèves, il s’agit ainsi d’accompagner chaque enfant dans sa capacité à encourager, par ses choix quotidiens, une relation aux animaux empreinte de respect et de responsabilité.

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