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Manger sans produit animal : le véganisme se développe à toute allure

Depuis plusieurs années, le véganisme gagne du terrain en France. A Paris, le salon du « monde végane » a fait le plein. Reportage.


Paris, reportage



Ce dimanche 3 avril, le soleil est là, éclairant de ses rayons joyeux l’affiche sur fond bleu du salon VeggieWorld (« monde végane », en français). Une affluence continue de visiteurs vient remplir le sous-sol du Centquatre, lieu culturel du 19e arrondissement de Paris, qui a loué ses locaux pour l’occasion.
On se presse et on se bouscule dans une ambiance bon enfant entre les vitrines de pâtisseries sans œuf, les mix de graines germées, le barbecue de saucisses au tofu, les marques de cosmétique végétale et les stands des associations de défense des animaux.

Petit rappel de vocabulaire, le terme « végane » désigne les personnes qui ont choisi de ne consommer aucun produit animal ou issu de leur exploitation. Pas de viande, d’œuf, de lait ou même de miel. Mais aussi pas de pull en laine ni de chaussures en cuir. « C’est un mode de vie, on refuse également d’aller voir des spectacles de cirque ou de visiter des zoos », explique Swantje Tomalak, directrice de VeggieWorld en France. Les végétariens, eux, se « contentent » de bannir la viande et le poisson.

 
Avec 80 exposants français et environ 10.000 visiteurs, Swantje Tomalak considère l’opération comme un succès. D’ailleurs, une deuxième édition, toujours à Paris, est prévue pour octobre 2016. « Je connais bien le marché et le mouvement végane a beaucoup grandi en France ces deux dernières années », estime-t-elle. VeggieWorld en est déjà à 12 salons organisés en 5 ans en Allemagne, et se développe en Suisse mais aussi probablement dans d’autres villes françaises. « On a décidé de se lancer en France car beaucoup d’entreprises véganes s’y sont récemment créées. Elles ont du succès et c’est donc qu’elles répondent à une demande », poursuit-elle. Il n’y a pas vraiment de chiffres permettant de connaître l’ampleur du phénomène mais, preuve qu’il y a un marché, même Carrefour a récemment lancé une gamme 100 % végétarienne.

Début de rupture de stock


« Je n’arrive plus à suivre, l’augmentation est exponentielle ! » témoigne Jean-Luc Zieger, créateur du magasin Un monde vegan. Il a commencé en ligne en 2009, puis a ouvert un premier magasin à Paris en 2012. Un deuxième s’est installé à Lyon il y a six mois. Des ouvertures à Nice, Nantes et Bordeaux sont programmées pour 2016 et 2017.

Même observation chez un concurrent en ligne, la Boutique vegan. Le site a été fondé par une allemande, mais livre dans les deux pays depuis son ouverture, en 2012. « On est passé de 6.000 à 12.000 followers sur Facebook en seulement neuf mois, témoigne la responsable de la marque en France, Charlotte Nessius. Avant, la France représentait moins de la moitié des ventes, ces derniers mois elle est passée à 60 % du chiffre d’affaires », ajoute-t-elle.

En cet après-midi du deuxième jour de salon, beaucoup de stands commencent à être en rupture de stock, comme celui du Gentle gourmet café, un restaurant « bistronomique » entièrement végane dans le 12e arrondissement de Paris. Les élégantes pâtisseries s’arrachent à l’heure du goûter. « Lorsque, avec ma femme, on a ouvert en 2012, on était quasiment les seuls à Paris, observe Jean-Christophe Quan-Ngoc. Aujourd’hui, on voit de plus en plus de fast-foods, de pâtisseries, de restaurants… Et même chez nous, on reçoit beaucoup de stagiaires en cuisine, que l’on forme. »

Pour tous ces participants au salon, le véganisme est un mouvement de fond amorcé déjà depuis quelques années. « Avant, on avait un Bed and Breakfast, et on faisait des dîners véganes seulement une fois par mois qui avaient beaucoup de succès. On est devenu un restaurant à la demande de nos clients ! » raconte le restaurateur. Même histoire pour Jean-Luc Zieger : « Tout le monde me disait : “On galère pour trouver des produits véganes, lance ta boutique !” » « Pour le Paris Vegan Day, il y a un ou deux ans, il y avait déjà eu beaucoup de monde, la queue dépassait de 20 mètres à l’extérieur, se rappelle Fred, végane depuis plus de dix ans et visiteuse habituée de ce type de salon. Et aujourd’hui, les gens comprennent de mieux en mieux quand tu leur dis que tu es végane. »
Mais, clairement, l’affaire du scandale des abattoirs, déclenchée par l’association L214, a changé la donne ces derniers mois. La diffusion entre octobre et mars de trois vidéos choc tournées dans des abattoirs et leur retentissement médiatique national ont contribué à tourner les regards vers le mouvement. « Il y aura un avant et un après, estime le créateur d’Un monde vegan. L214 a fait un travail historique, la défense du droit des animaux est devenue une cause nationale. Et puis, il y a un effet du passage à la télé. J’ai été interviewé plusieurs fois, et à chaque fois, dans les trois jours qui suivaient, le magasin était dévalisé ! »

 

« Je fais ça d’abord pour les animaux »

« Quand on distribue des tracts dans la rue maintenant, les gens nous connaissent, confirme Isis Labruyère, chargée de campagne à Paris pour l’association de défense des droits des animaux L214. Et puis, beaucoup de gens nous écrivent pour nous dire que, grâce à nous, ils sont devenus végétariens. »

« Ce sont surtout des jeunes qui se convertissent car ils ont moins d’habitudes, c’est plus facile pour eux de changer leur alimentation, et ils ont envie d’aller vers une autre société », estime la militante. Parmi ces jeunes, par exemple Amélie, la vingtaine, végane depuis deux ans. « Puis je me suis dit que ce n’était pas suffisant et je suis devenue militante à L214 », raconte-t-elle. Anne-Perrine, la trentaine, n’est pas encore militante mais végane depuis un an. « Je fais ça d’abord pour les animaux. Ce sont des collègues qui m’en ont parlé puis je me suis renseignée sur internet », explique-t-elle. Dans les allées, on croise aussi quelques familles, mais aussi ce couple de cinquantenaires. « On a arrêté de manger de la viande il y a trois ans et on aimerait aller plus loin. Pour notre santé, celle des animaux et de la planète », témoigne Lionel. « Mais c’est vrai que c’est un peu difficile, je travaille à La Poste et mes collègues ont du mal à comprendre », regrette Pascale.

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